UNE LECTURE DE "DOULEUR INTIME" DE FATOU DIOMANDE

DOULEUR INTIME de Fatou Diomandé

À la mort de sa mère, Yahn met la main sur le journal intime de celle-ci. Dans ce document, se révèle à lui le pan de l’histoire inconnue de sa génitrice. Yahn découvre les soupirs d’une âme ayant connu le martyre, le rejet, l’humiliation. Un puits de douleurs couvées dans la solitude. Une douleur intime. Myra, la mère de Yahn, jeune fille encore au lycée, entretient des liens d’amitié sincères avec Chloé (une jeune fille) et Yaël (un jeune homme). Puis vient un jour mauvais où Yaël piqué par le virus de la démence la viole. À la suite de cet acte ignoble, la jeune fille violée contracte une grossesse et le VIH SIDA. Ses parents, face au drame, refusent de garder dans leur maison la fille indélicate et souillée. La vie de Myra bascule…

Dans ce roman de 102 pages, Fatou Diomandé, avec sensibilité, dessine le drame d’une jeune fille, ballotée par les vents du destin. Alors même qu’elle a reçu une bonne éducation, elle se retrouve prise dans les mailles d’une série de drames qui dépassent son entendement et la plongent dans l’abîme. Le soutien et la compréhension de ses parents qu’elle est en droit d’attendre n’arrivent pas. Il leur faut sauver leur honneur et les apparences.

Douleur intime est un roman satirique et réaliste. L’œuvre est un plaidoyer en faveur la jeune fille. Fragile et prise dans l’étau d’un univers violent et aveugle, symbolisé par le chant funeste des armes évoqué dès les premières pages, elle doit souvent payer le prix d’être du sexe dit faible. Quand bien même, elle n’a pas cherché à être violée, elle doit payer cash les conséquences qui en découlent. Yaël, son bourreau pendant ce temps, poursuit ses études et sa vie en toute impunité. À mots couverts, Douleur Intime traite du thème de la condition de la femme, une condition toujours troublée par des épreuves et la folie des hommes.

Fatou Diomandé en mettant à nu la réaction des parents de Myra dénonce la stigmatisation des filles, victimes du VIH ou de grossesses non désirées et corollairement l’irresponsabilité et la démission des parents. Là où l’autorité parentale doit « sauver » l’enfant en péril, se dressent souvent des parents aveuglés par le souci de sauver leur honorabilité.

Malgré une écriture fortement marquée par une tonalité pathétique, mise en lumière par l’image de la première de couverture, le roman de Fatou Diomandé est loin d’être une œuvre pessimiste. Avec abnégation et courage, son héroïne réussit tant bien que mal à éduquer son fils, à le scolariser et à le pousser au sommet de la hiérarchie socio-professionnelle. Yahn devenu professeur d’université après son retour au bercail, est le symbole de la victoire de Myra sur la vie, sur la méchanceté, sur l’égoïsme. Myra meurt mais vit à travers son fils. Il s’agit à quelque sorte d’une invite que l’écrivaine adresse à toutes les blessées de la vie, toutes ces femmes dont l’esprit et le cœur sont entaillés par des épreuves innommables. Il ne faut pas baisser les bras, la lutte se poursuit tant que se prolonge la vie, semble dire l’écrivaine à ses lecteurs.

Avec simplicité, avec des phrases qui s’enchaînent harmonieusement, portées par une syntaxe docile, Fatou Diomandé offre à ses lecteurs une histoire bouleversante, reflet d’une société à la fois éprouvante et hostile.

MACAIRE ETTY

Fatou Diomandé, Douleur intime, roman, éditions Valesse, 2017

 In Fraternité Matin du 18 août 2017