JALOUSIE COEFFICIENT ZERO DE DJÊ CHARLES CELESTIN : DES TRANCHES DE VIE AU MENU


Pour être original, le titre de l’œuvre – éponyme du titre de la première nouvelle - l’est et titille l’esprit. L’image de couverture également est un cocktail de contentements. Dans le fond, un couple apparemment au bord de l’implosion. Au premier plan, une jeune fille dans la posture d’une « conquérante ». Ces deux éléments du paratexte participant à l’attrait du livre ont une valeur commerciale certaine. Dans un rayon de librairie, cette œuvre ne passerait pas inaperçu. La lecture complète du recueil ne déçoit non plus. Comme de petites friandises, les nouvelles se consomment avec plaisir.

Brèves, rythmées, les nouvelles compilées dans cet ouvrage nous entrainent dans la vie de personnages de tous les milieux. Hommes et femmes s’offrent au lecteur comme des livres ouverts où se découvrent les méandres de l’esprit humain. Calculateurs, mesquins, naïfs, envieux, les personnages qui peuplent ces pages sont loin d’être des saints. Dans le tourbillon du quotidien, ils tirent de chaque situation des intérêts qui sont, pour la plupart du temps, inavoués. Mais, au finish, ils connaissent par les chemins serpentés qu’ils empruntent, des frustrations, des revirements de situation qui en rajoutent à la saveur du livre. Les âmes disposées à tromper finissent toujours par payer le prix de leur félonie. La honte et les mauvaises surprises sont souvent leur partage.

Hourami le quinquagénaire vicieux, Liliane l’homosexuelle, Ayablé l’épouse infidèle, Bertille l’abjecte confidente de Martine, Madame Laforge le proviseur du jeune prof Hervé…sont d’une manière ou d’une autre des êtres tourmentés, images vivantes d’une humanité décadente. Nsiéné, l’épouse d’Adéba, par exemple, est un être écartelé entre son amour pour son mari et les exigences d’une vie éthérée en Christ.

L’inévitable thème de l’amour avec ses corollaires tels la jalousie, l’infidélité, la douleur, la désillusion peint de ses couleurs changeantes les histoires déroulées ici. L’auteur Djê Célestin, depuis la publication de Kéiwa, un roman plein d’audace, est, à ne point douter une des plumes les plus prometteuses de la littérature ivoirienne. Le professeur de lettres modernes confirme dans ce recueil de nouvelles qu’il appartient à cette classe d’écrivains qui se soucient de la forme de leurs écrits. Brèves et rigoureusement formulées, les phrases dans ce livre sont pétries pour plaire. L’écriture de Djê Charles Célestin dégage un parfum indiscutablement poétique. Sa plume comme une cithare dessine avec une harmonie soutenue des nouvelles alliant concision et rapidité. 86 pages de plaisirs !


Djê Charles Célestin, Jalousie coefficient zéro, nouvelles, Les éditions Matrice, 2017

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In Fraternité Matin du samedi 3 septembre