Le chemin de l’orphelin de Kossonou Sonia : Un plaidoyer au profit des orphelins !


Dans les contes africains, l’orphelin, tout au long de son parcours, subit des atrocités d’une femme acariâtre et sadique. Mais au moment du dénouement de l’histoire alors que son bourreau est châtié, l’orphelin triomphe. Il est alors élevé au statut d’un héros. Ces récits oraux visent à mobiliser l’amour et l’attention de la communauté au profit de l’orphelin. Parce que l’orphelin vit une situation précaire, la communauté a le devoir de le protéger. Aussi, violer cette loi expose à la foudre du sort.

On pourrait dire, en lisant le livre de Kossonou Sonia, que le récit qu’il déroule épouse la structure des contes africains. En psychanalyse, on pourrait supposer que les contes ingurgités par l’auteur durant son enfance resurgissent dans cet ouvrage avec des variantes qui relèvent de la touche de l’auteur. Julia Kristeva parlerait d’intertextualité entre le livre de notre auteure et bon nombre de contes africains. Ici, nous n’assistons pas au châtiment des bourreaux. Il est dit de l’oncle cynique qu’il est simplement à la retraite. Aucune allusion à sa femme, le véritable bourreau de l’orpheline.

En dehors de cette fin assez distinctive, le chemin de cette jeune fille narrant sa propre histoire est un chemin parsemé d’embûches de toutes sortes. Orpheline de père, elle doit, alors qu’elle est élève, subir de nombreuses épreuves au-dessus de son âge. Les familles dans lesquelles elle doit vivre pour continuer à aller à l’école se montrent souvent sans aucune once de sensibilité. La mort de sa mère qui interviendra par la suite, constitue une circonstance aggravante de son triste sort. Ni les sœurs religieuses ni ses camarades d’école encore moins son oncle ne sont disposés ou ne réussissent à mettre fin à son enfer. Bien au contraire, elle va boire le calice jusqu’à la lie. Rejetée par tous, l’orpheline doit mendier sa pitance jusqu’à ce qu’une bonne âme, son ami, la recueille, mettant ainsi fin à ses déboires.

Cette fin sur une note d’espoir revêt diverses significations. Premièrement, elle indique que malgré les ombres qui couvrent l’humanité, il existe des lueurs incarnées par le bon samaritain tel Arsène, l’ami de la narratrice. Deuxièmement, le cheminement de cette orpheline est une sorte d’hymne à la persévérance : « Esther, tu es le seul espoir de cette famille, tu dois sauver son honneur par ta réussite » (p 48), lui conseille sa mère avant sa mort. En se retrouvant à la fin du récit à l’université malgré les adversités, l’orpheline se présente comme un modèle de la jeune fille battante. Troisièmement, ce livre exhorte tous les orphelins à ne compter que sur eux-mêmes. Ni les parents, ni les religieux ne peuvent constituer une panacée de leur sort : « Écoute ma fille, ne compte sur personne sur cette terre des hommes », clame sa génitrice.

Le chemin de l’orpheline est un récit sans artifices. L’auteure qui fait ses premiers pas dans le monde de la littérature reste dans sa façon de mener la narration à la limite de l’ordinaire. Elle se garde d’emballer le lecteur par une écriture recherchée avec un foisonnement d’images originales ou de mots rares. Les phrases ici, trop dociles, coulent dans des structures classiques et simples. Cependant, l’ouvrage bénéficie d’une magnifique illustration. Sur un chemin envahi par les ténèbres, se perçoit, debout, une jeune fille seule…


Kossonou Sonia, Le chemin de l’orphelin, roman, Nouvelles éditions balafons, 2016

In FRATERNITE MATIN DU SAMEDI 7 OCTOBRE 2017