La cité de nulle part de François D’Assise N’DAH : Un conte à la saveur de la parole africaine


Le récit, selon l’indication sur la couverture, est un conte. On l’aurait appelé roman ou conte romanesque comme Le fils de l’enfant mâle de Bandaman Maurice que personne n’aurait à redire. L’auteur crée dans ce récit fictif un monde où convergent féerie, truculence, surnaturel et vraisemblance.


Un homme du nom de Kangalé Agoua reçoit la mission, de la part de Dieu, par le biais d’un oiseau mystérieux, de bâtir la cité idéale. La cité bâtie reçoit tous les blessés de la vie qui y trouvent paix et félicité. Un jour, arrive, Offimoi, une étrange personne dont le sombre projet est d’y semer la discorde. Il divise le peuple par le moyen de l’argent et détourne en sa faveur, tenez-vous bien, N’Sissoh, le fils de de Kangalé Agoua, le fondateur de la cité. Dès lors Agouaklamankro, infiltrée par des germes de la destruction connaît des convulsions…

Offimoi, figure du mal, est porteur des germes de la division. En exaltant la richesse comme la seule valeur qui vaille, il réussit à mettre en péril la cohésion du village d’Agoua. Ses méthodes corroborent deux idées vieilles comme le monde. La première remet au goût du jour la vieille  recette du « diviser pour régner » et la seconde corrobore l’idée selon laquelle l’ennemi a toujours besoin d’un appui interne pour atteindre sa cible.


Si plusieurs aspects de ce récit nous fait voler sur les ailes du paranormal et de l’irréel, il n’en demeure pas moins qu’il a été inspiré de certains épisodes de l’histoire de l’Afrique. On y découvre les contradictions de ce continent. Appelée à vivre dans la quiétude et l’opulence, l’Afrique s’est laissée surprendre par des contre-valeurs. Agouaklamankro, la cité idéale, semble être cette Afrique idyllique que chantaient les poètes de la Négritude, qui aujourd’hui, a le visage de la violence et de la pauvreté. Dans la même veine, l’intrigant Offimoi n’est qu’une autre version de tous ces hommes qui ne s’épanouissent que dans un contexte de division et de belligérance. Si vivre en autarcie pour un peuple est anti-progressiste,  l’ouverture, surtout lorsqu’elle n’est pas contrôlée, expose souvent à toutes sortes de péril. L’histoire d’Agouaklamankro, à bien d’égards, ressemble à celle de nombreux pays africains dont le malheur est venu de leur hospitalité légendaire.

La Cité de nulle est une sorte de parabole par laquelle l’auteur de Jusqu’au bout de l’enfer expose, en toute liberté, sa lecture de tous les évènements qui ont compromis la verticalité de notre africain.

 

La beauté de ce conte, à ne point douter, repose sur son écriture. L’écrivain, à l’instar des talentueux conteurs de l’Afrique traditionnelle, imprime à sa narration le souffle de l’oralité. Le conte foisonne d’images et de symboles dont la richesse n’a d’égale que leur authenticité. Les dictons, utilisés à profusion, fleurissent les pages par leur fraîcheur et leur profondeur. Ce livre, indiscutablement, pourrait servir de corpus à l’étude de la fonction des proverbes dans la tradition orale africaine.

Il est clair que François D’Assise N’Dah a atteint le niveau où son talent doit être reconnu et salué. Il n’a pas besoin de le revendiquer car : « lorsqu’on bat le tambour en direction de ton domicile, il ne sert à rien de grimper sur le toit pour écouter la mélodie » (P34)

 

François D’Assise N’Dah, La cité de nulle part, conte, Les éditions Ivoire, 2017

 


In Fraternité Matin du jeudi 19 octobre