Le destin de Kokoua de Arsène Koffi Kaoudio : Le combat de la survie !

Publié chez Les Nouvelles Éditions Balafons, Le Destin de Kokoua est un roman de 134 pages reparties en deux grands chapitres.

L’histoire que nous relate l’auteur articule deux destins qui s’emboîtent : le destin de Djouman et le destin de Kokoua, celui d’un père et de son fils. Toute la première partie nous donne l’occasion de découvrir Djouman, jeune planteur, dynamique et irréprochable, marié à une femme. Ses qualités humaines plaidant en sa faveur, le chef du village le coopte et fait de lui l’un de ses notables à qui il confie les missions délicates. A la suite d’un conflit foncier, entre un autochtone, N’Zi Akoué et un allogène, Kolmlanvi, il est commis pour aplanir le différend. Après avoir écouté les deux parties, il rend un verdict en défaveur de Kolmanvi, personnage acariâtre réputé détenir des pouvoirs occultes. Plus tard, Djouman, le jeune notable du chef, succomba suite à un malaise au grand désarroi de tous.

Dans la construction de l’intrigue, l’auteur fait entrer en scène Kokoua juste après le décès de son géniteur. Orphelin, il doit triompher des épreuves qui surgissent sur sa trajectoire. Parmi les embûches qui freinent sa marche se dresse son frère jumeau, un homme insouciant, sans honneur qui va brader les biens du père. Malgré le contexte de précarité dans laquelle il vit, aiguisé par une mère grabataire, le jeune orphelin trace son chemin grâce aux bienfaits de l’école.

Le destin de Kokoua en alternant l’espace rural et l’espace urbain nous permet de saisir les réalités d’une Afrique confrontée à la fois à ses traditions et à ses contradictions internes. Au village comme en ville, les personnages sont exposés à toutes sortes de défis qu’ils doivent relever. Le manque, le besoin, les sentiments négatifs, quel que soit l’espace, ne laissent aucun répit. Du père au fils, la lutte quotidienne pour s’adapter voire survivre aux évènements semble ne pas avoir de fin. La méchanceté et l’hostilité, l’irresponsabilité et la cupidité, surgissent à toutes les étapes du parcours. Si le destin du jeune orphelin semble aboutir à la lumière c’est parce qu’en plus de l’éducation reçue auprès de ses géniteurs, il a compris, de bonne heure, que l’école est la voie du salut. Contrairement à son frère jumeau qui va emprunter un chemin sans issue, Kokoua, aidé par son oncle, saura saisir la perche à lui tendue. À travers son exemple, Arsène Koffi Kouadio exalte la détermination et la persévérance de la jeunesse africaine consciente.

Pathétique le plus souvent, le récit de la vie de Kokoua n’en demeure pas moins un lieu de prise de conscience et de renouvellement des mentalités. Servie par une langue simple et une expression accessible, cette fiction se lit aisément. La narration de la première moitié du livre est cependant entrecoupée par un déferlement de dialogues souvent superflus. On a l’impression qu’il s’agit d’un « remplissage » dont l’auteur aurait dû épargner les lecteurs. Le destin de Kokoua, roman ayant bénéficié d’une assez bonne correction, est, apparement, la première portion de la vie d’un jeune orphelin déterminé à se trouver une place au soleil.


Arsène Koffi Kouadio, Le Destin de Kokoua, roman, Nouvelles éditions Balafons, 2016

 In Fraternité Matin du 28 octobre 2017