Échappés de l’enfer de Djê Charles Célestin : La littérature au service de l’évangélisation

Depuis la publication de Kéiwa, un roman bâti autour de la condition de la femme, Djê Charles Célestin avait franchi une importante étape de sa carrière d’écrivain. Dans ce roman-ci intitulé Échappés de l’enfer, il s’illustre dans un autre canevas thématique. Le titre en effet nous installe dans le domaine de la spiritualité.

Le nom de Job que porte le personnage principal est biblique et revêt une signification. Homme pieux, totalement engagé à servir Dieu, il est soumis à de lourdes épreuves. Le diable, jaloux de sa dévotion à Dieu, le frappe dans sa chair par une terrible maladie avant d’arracher à son affection ses rejetons. En outre, il perd ses animaux et sa richesse. Ruiné physiquement et matériellement, Job est soumis à la raillerie et à toutes sortes de tentations. Mais avec une foi ferme, il traverse ce long désert. Au finish, Dieu le restaure et l’installe dans la prospérité et l’abondance. Job devient dès lors le symbole de la foi et de la détermination dans les épreuves.

Dans ce roman, le parcours du personnage de Djê Charles Célestin suit la courbe de celle du célèbre personnage de la bible. Depuis que son père, envouté par une sorcière a renvoyé sa mère Rachelle au profit d’une autre femme Mongho, la vie de Job va basculer dans les ténèbres. Il entame une descente aux enfers. Mais comme son homonyme, il reste ferme et réussit à remonter la pente. Le Dieu qu’il sert le réhabilite et le bénit abondamment.

Dans cette œuvre romanesque, Djê Charles Célestin remet au goût du jour, l’éternel combat entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres. Mongho et Klountchè, sa mère, les suppôts du diable, dans cette empoignade, rapidement prennent le dessus sur les serviteurs de Dieu représentés par Job et sa mère. À un moment, le lecteur est tenté de se demander si le diable n’est pas le plus fort. Mais dans le combat entre la lumière et les ténèbres, la lumière finit toujours par triompher. Job, au terme de ce combat spirituel triomphe de la manière la plus éclatante. Le camp de l’ennemi pulvérisé est terrassé. Le roman de Djê Celestin nous indique que seul Dieu nous ouvre le chemin de la victoire et du succès. En ouvrant chaque chapitre par un verset biblique, l’auteur prend parti pour la parole de Dieu dont le pouvoir de transformation et de régénérescence est démontré dans cette œuvre, notamment dans la vie de Marie-Madeleine.

Le rythme du récit de cet ouvrage est haletant, la narration se veut directe. Les descriptions sont peu nombreuses. La psychologie des personnages semble être la préoccupation principale de l’auteur. Les pages sont parsemées  de belles images et des phrases qui sonnent comme des aphorismes. Le récit, linéaire, répond au schéma narratif classique avec une situation initiale, des péripéties et une situation finale. Les noms que portent les personnages (David, Marie-Madeleine, Job…) constituent un corpus riche qui pourrait donner lieu à une exégèse.

De ce livre, il faut retenir que l’écriture littéraire peut aussi constituer un moyen de prédication au service de l’éducation de la masse. Au moment où les valeurs morales s’écroulent quotidiennement, l’écrivain a besoin réviser ses thèmes en vue d’être en harmonie avec sa mission d’éveilleur des consciences. Djê Charles Célestiin l’a si bien compris.

Échappés de l’enfer s’inscrit dans la même veine que Les larmes de Dieu de Macaire Etty ou encore Le fils de la destinée de Samuel Degny. Ces livres, selon, la formule de Samuel Degny, écrivain ivoirien sont des « prédiromans » c’est-à-dire, des romans au service de la prédication de la parole de Dieu.

 

Djê Charles Célestin, Échappés de l’enfer, roman, Les éditions Matrice, 2017


In Fraternité Matin du 16 décembre 2017