Né pour vivre de Sylvestre Ourega : Au nom de la vie

De la Veuve dorée à Né pour vivre en passant par Élodie, Sylvestre Ourega a fait du chemin. Sa plume sur ce chemin s’est nettement aiguisée et de façon admirable. Elle est plus éprise de phrases policées, de belles expressions et d’images lumineuses. Lire Né pour vivre est, en effet, un délice. L’incipit de ce roman traduit le désir du romancier de mettre l’accent sur la splendeur de l’écriture qui constitue la force d’une œuvre littéraire.

L’intrigue de ce roman de 92 pages est un véritable puzzle à reconstituer patiemment, l’esprit éveillé. Le lecteur distrait peut évidemment sentir le besoin de relire des pages déjà parcourues pour ne pas se perdre. Lorsqu’on a réussi à reconstituer les portions de la trame de cet ouvrage, on ne peut qu’être satisfait et conséquemment  féliciter l’auteur.

Né pour vivre est une série des histoires enchevêtrées dans une histoire. Autour de la vie de la narratrice, Maya, gravitent celles de Tibault son frère, sa mère, Moïse son époux, son amie. Chacune des vies de ces protagonistes est importante pour comprendre le parcours de Maya. Au fil des pages, les morceaux manquants de l’histoire de cette jeune dame se mettent en place jusqu’à son apothéose. Une belle façon de combler le lecteur épris d’intrigues délicates.

Enfant adoptée, Maya, bébé, a été abandonnée par sa génitrice qui n’avait pas les moyens pour faire face à ses responsabilités. Récupérée et éduquée par les Vangah, elle découvre des années plus tard toute la vérité sur sa filiation grâce à une lettre écrite par sa mère avant de mourir. Avec un époux traumatisé psychologiquement par son passé, Maya ne connaît pas la joie de l’enfantement. Après plusieurs grossesses nerveuses, elle prend une Grossesse Extra-Utérine (GEU) qui aurait pu l’emporter. Au terme de cette épreuve douloureuse, le couple adopte un enfant comme pour dire selon les mots de l’épitaphe du livre : « Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même » (Khalil Gibran)

 

Sylvestre Ourega dans ce roman nous entrâine dans l’univers des enfants abandonnés et adoptés. C’est un univers déroutant où cohabitent des âmes tourmentées et des destins fracassés. « Je n’oublierai jamais l’histoire de ce bébé ramassé dans un buisson ! Le cordon ombilical ouvert, il se vidait de son sang » (P16) confesse Maya sur un ton on ne peut plus pathétique. La maladie comme une mauvaise odeur se répand dans tous les recoins réduisant hommes et femmes à l’impuissance. La mort impitoyable fauche des souffles selon une règle que la raison ne comprend pas.  L’être humain y apparaît sous ses deux pôles : le démon et l’ange. Autant il est capable de commettre des actes ignobles, autant il peut briller par son altruisme. Les exemples d’hommes et de femmes désespérés foisonnent dans le livre. Tibault enfant adopté comme la narratrice s’est réfugié au début de sa trajectoire dans la toxicomanie. Il « rôdait dans le quartier telle une âme en peine, avec sa bande de copains, toxicomanes invétérés qui vivaient d’arnaque et de rapines » (P 13). L’époux de Maya, Moïse, éprouvait une haine pour les enfants, sentiment dû à un traumatisme psychologique.

De même, des cas d’actes empreints d’humanité ne manquent non plus dans ce roman. « Après la disparation de Maman, Moïse et moi, avions décidé de prendre Comfort avec nous » (p89). Au finish, Sylvestre Ourega au-delà des traumatismes et des stigmatisations de ses personnages plaide pour plus d’humanité et pour la Vie.

Construit autour de quinze chapitres, et portée par une écriture séduisante  Né pour vivre est une fiction originale du point de vue thématique. Le choix d’une narration intradiégétique est judicieux car il permet de saisir la psychologie des personnages.


Sylvestre Ourega, Né pour vivre, roman, Area, 2017, 92 pages.

In Fraternité Matin du samedi 13 janvier 2018