Autour d’un plat d’atchéké de Timoté Bassori : L’autre visage de l’Afrique

Timoté Bassori, bien connu dans le milieu du cinéma, du théâtre et de la presse, n’est pas un novice en écriture littéraire. En 1972 déjà, il est Grand Prix de nouvelle du concours radiophonique organisé par l’ORTF. Ce recueil de nouvelles ressemble à une sorte de retour à ses premières amours. L’artiste pluriel qu’il est sait ici tenir sa plume et lui faire valser comme il le veut.

Autour d’un plat d’atchéké est riche de huit nouvelles. L’ouvrage visite les arcanes du petit peuple d’Afrique. Comme une exhumation de souvenirs épars du passé, l’écrivain nous donne à découvrir des êtres humains de milieu modeste se battant pour vaincre la malédiction qui semble les clouer à leur sort. Les uns comme Mangouna rêvent de transcender leur condition de chauffeur. Pour cela, il se fait passer pour un homme important, un Directeur. Mais le jour où son jeu est découvert, il revient à la réalité, désillusionné tel un homme sortant d’un doux rêve. Les autres comme le narrateur de la nouvelle titrée « Assendé » recherchent le salut dans les paradis artificiels, les virées nocturnes et le sexe jusqu’à ce qu’une tragédie, la mort par accident de son fils, écrasé par sa voiture, lui ouvre les yeux sur ces excès.

Dans ces huit nouvelles, l’auteur fouine dans les vies de personnages courageux, déterminés mais « réduits » par leur impécuniosité ou encore par les contingences existentielles. Tel Sisyphe, ils sont condamnés à l’œuvre maudite de l’éternel recommencement. L’achat d’une automobile par Le Dégingandé ne suffit pas pour le sortir des soutes de la société. Djéa, lui n’est pas un nécessiteux mais en venant vivre dans un quartier populeux pour toucher de près les réalités du quotidien, il ne pouvait pas imaginer qu’il commettrait une erreur. L’achat d’un fauteuil roulant à un paralytique lui ouvre – ironie du sort- le chemin de la mort.

Les nouvelles de ce livre oscillent entre le grotesque, le drame et la tragédie. On a l’impression que vouloir aspirer à un autre destin est un crime. Les hommes seraient-ils condamnés à vivre leur condition sans pouvoir la changer ? Vouloir changer de classe sociale serait-il un crime ?

Dans cette série de récits, Timité Bassori ne se contente pas de narrer les petites et les grandes misères sociales. Il fait une descente par le biais d’une nouvelle surprenante – tant elle est à l’intersection du réel et du cauchemar – dans l’univers politique. Il évoque un pays à la merci d’un tyran. Pour survivre, des hommes se sont transformés en cancrelats. Au-delà du caractère irréel des faits narrés, l’écrivain fustige les dérives des dirigeants africains abonnés aux dérives et autres dérapages pour pérenniser leur pouvoir.

En somme, Autour d’un plat d’atchéké est une lumière jetée sur l’Afrique. Le livre fouine autant dans les faits sociaux que dans les faits politiques pour stigmatiser les tares congénitales de son continent.

La plume de T. Bassori est rigoureuse, belle et souvent fantaisiste. Elle décrit les scènes de vie avec une aisance saisissante. Éprise de phrases imagées et bien construites, elle se laisse aller souvent à des envolées poétiques, au grand bonheur du lecteur. En outre, le mode de narration dans ce recueil est varié. Autant, l’auteur a recours à la focalisation externe autant il ne se fait pas prier pour déployer des récits à focalisation interne.


Timité Bassori, Autour d’un plat d’atchéké, nouvelles, frat mat éditions, 2017