INTERVEW/ SEKOU OUMAR DIARRA, Auteur de « Thomas Sankara, figure ontique du surhomme nietzschéen

 

Docteur en philosophie politique et sociale, Sekou Oumar Diarra est professeur certifié de philosophie. Son essai Thomas Sankara figure ontique du surhomme nietzschéen est certainement l’une des contributions les plus riches sur la figure de Thomas Sankara. Nous avons rencontré l’auteur. Entrevue.

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L’Afrique politique est gorgée de héros, d’hommes d’Etat hors du commun. Je pense à Samory, Lumumba, Mandela, Houphouët-Boigny etc. Pourquoi votre choix s’est-il porté particulièrement sur Sankara pour votre livre ?

Ce choix de Thomas Sankara et du schéma de régence politique qu’il a pensé et mis en branle comme objets de réflexion dans cet essai répond à une double aspiration ou projet chez moi. D’abord, je suis Docteur en philosophie politique et sociale, adepte et chantre de l’Africanologie qui est une scientophilosophie fondée par le professeur Samba Diakité de l’Université Alassane Ouattara de Bouaké, c’est-à-dire une étude clinique, scientifique et philosophique de l’Afrique à partir de sa genèse et de son fonctionnement en tenant compte de son histoire, de ses cultures, de ses civilisations, de ses découvertes, de ses inventions et de ses pratiques.

À ce titre, je m’intéresse à toute question afférente aux changements politiques, sociaux et culturels s’opérant sur le continent africain. Ensuite, par principe, je suis particulièrement attaché aux valeurs de la liberté et de la dignité. Et, Sankara ayant fondé la quiddité de son combat politique sur ces valeurs en invitant l’homme africain à un retour à soi-même et à ses valeurs culturelles, ses traditions et mœurs qui sont loin d’être médiocres, comme socle d’un développement endogène et autogéré en vue d’une existence libre, digne et pleinement assumée, ne pouvait me laisser indifférent. Ce combat a certes été déjà porté par des prédécesseurs au plan politique, mais Thomas Sankara s’est distingué par cette constante harmonie entre son dire et son faire, son peu d’intérêt pour le matériel et les honneurs, sa pédagogie de l’exemple (prêcher par l’exemple), son attachement aux fins humainement sensées.

Votre livre est richement documenté. Combien de temps vous a-t-il fallu pour le rédiger ? Et en quoi enrichit-il le faisceau de livres déjà produit sur Thomas Sankara ?

La rédaction de cet essai politique et philosophique, vu l’importance du thème que j’y développe, m’a imposé un travail assidu, fouillé, méticuleux qui s’est étendu sur une période d’une année et demie, puisque j’ai entamé le processus d’écriture après des mois de recherches en août 2015 et je l’ai achevé en décembre 2016. Ce livre, comme vous l’avez certainement constaté, apporte un éclairage nouveau et fructueux sur cette figure iconique de l’histoire politique postcoloniale qu’est Thomas Sankara dans la mesure où il ne se réduit pas à une narration plate et inféconde des linéaments du combat mené par Sankara et ses frères d’armes, mais s’investit dans une étude profonde de ces traits de caractère que sont la vaillance, le don de soi, l’amour du travail, le peu d’intérêt pour le matériel et les honneurs, la justice, la vérité, l’humanisme, l’authenticité, la lutte pour un nouvel ordre à faire advenir qu’a laissé transparaître cet homme exceptionnel et qui nous a autorisé cette étude comparative avec le Surhomme de Friedrich Nietzsche qui est, comme nous le présente ce philosophe allemand dans ce titre à succès qu’est Ainsi parlait Zarathoustra, ce franchisseur, ce baroudeur, ce guerrier intrépide, ce lutteur pour la terre, cet être de volonté, cet acte pur, cette œuvre. Thomas Sankara peut être, à juste titre, considéré comme ce prophète d’une nouvelle culture en Afrique et c’est ce chantier jusque-là inexploité que nous nous exerçons à mettre en évidence dans cet ouvrage de 227 pages.

 

A quel moment vous êtes venu l’idée de représenter le révolutionnaire burkinabé comme un personnage nietzschéen ?

Cette idée me taraudait l’esprit depuis mon année de Maîtrise, en 1997, lorsque je me suis investi dans l’étude de l’œuvre au sens de pensée philosophique de Nietzsche, bien qu’ayant choisi Nicolas Machiavel comme auteur à présenter dans le cadre du mémoire de Maîtrise. Parvenu donc à cette intellection de la mission assignée par Nietzsche à cet homme (das Übermensch) surplombant l’humanité ordinaire par des traits de caractère extraordinaires, cet homme du marteau, cette dynamite qui ouvre des voies parce que porteur d’un projet nouveau, d’une nouvelle culture à enseigner, aussi à matérialiser, j’ai tout de suite perçu des similitudes entre ce projet d’homme nouveau dépeint par Nietzsche et les qualités et vœux revendiqués par le capitaine Thomas Sankara. J’ajoute que Sankara lui-même ne s’est jamais réclamé du nietzschéisme. C’est mon profil de penseur, d’intellectuel et surtout de chercheur qui me permet d’établir ce parallèle entre les deux hommes : celui théorisé par Nietzsche et Sankara qui m’apparaît comme la représentation ontique de cet être théorisé.

 

Vous êtes un croyant. Votre admiration pour le surhomme et la philosophie de Nietzche qui semble exalter l’être humain n’est-il pas en contradiction avec vos croyances pour lesquelles Dieu est le maître de notre destin ?

Non en absolu, car au-delà de son athéisme assumé, Nietzsche est avant tout un philosophe de la vie, de la dignité, de la liberté et de l’effort personnel à fournir pour parvenir à cette surexistence, cette liberté et cette dignité quêtées. En invitant l’homme à devenir ce qu’il est (« Deviens ce que tu es »), Nietzsche lui intime simplement l’ordre de se dégager de l’étreinte de la résignation et de se bâtir un devenir qui ne doit être que l’émanation de sa volonté stricte. À ce sujet, Sartre un autre philosophe athée qui, avec Camus et Malraux, font partie de cette postérité existentialiste relativement à Nietzsche qui en a jeté en les bases en proclamant la mort de Dieu, mais sans jamais se réclamer ouvertement de la doctrine, disait que « l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. » Et ce « deviens ce que tu es » professé par Nietzsche est parfaitement réalisable dans la religion que je pratique qui est l’Islam. En effet, dans une logique propre à la doctrine majoritaire en Islam, c’est-à-dire le sunnisme, il est possible à l’homme de choisir son « devenir soi » parce qu’il ne sait pas qu’il est écrit. L’homme est doué de raison et est capable de connaître et, au compte et au cœur de ses attributs, trône la liberté. Tout cela lui permet d’apprendre, de comprendre et de décider du meilleur comme du pire. Vous comprenez donc qu’il n’y a pas véritablement de contradiction dans les termes ou dans ma démarche.

 

Sankara est certes un nationaliste sincère, une figure emblématique de la dignité africaine, mais il est aussi un putschiste.  Ce fait ne le place-t-il pas en dessous des autres héros comme Lumumba ou Mandela ? Son statut de « surhomme » ne relève-t-il pas d’une surévaluation, d’une surestimation ou encore d’un culte de la personnalité ?

Non, je ne crois pas. Le ‘’pronunciamiento’’ qui a porté Sankara et ses compagnons (le capitaine Blaise Compaoré, le commandant Jean-Baptiste Boukary Lingani et le capitaine Henri Zongo) au pouvoir suprême le 4 août 1983, intervient dans un contexte. Avant et même au moment où Sankara prend le pouvoir en Haute-Volta, le pays baignait dans une déconfiture indescriptible et cela, dans tous les secteurs. La Haute-Volta n’était qu’une cour des Miracles, une République bananière, totalement désorganisée, sens dessus dessous sous le contrôle absolu d’organisations politiques comparables, à raison, à des structures mafieuses. Il fallait donc remettre de l’ordre. Sankara, bien que militaire de formation, était loin d’être un chantre de la violence, ce lycanthrope ou ce Léviathan de Hobbes fondant exclusivement la problématique du pouvoir sur la force nue et aveugle. Il n’était pas de l’engeance de ces militaires bornés, réglés comme des automates, peu portés sur les vertus de l’intellect, inutilement belliqueux et adeptes de méthodes barbares comme moyens infaillibles de résolution de tout problème, même des peccadilles. D’ailleurs, l’une des motivations fondamentales qui l’ont poussé à prendre le pouvoir par la ‘’force’’, je mets le mot force ici entre guillemets dans la mesure où la force comme puissance physique, comme usage de moyens visant à contraindre, à spolier ou à déposséder illégalement un individu ou un groupe d’individus de quelque chose, n’est pas véritablement intervenue dans la prise du pouvoir de Sankara et de ses compagnons, même si par essence, un coup d’État tire sa quiddité de la force et l’utilisation de voies antidémocratiques.

Sankara est, à la vérité, arrivé au pouvoir suite à une insurrection populaire, civilo-militaire qui exprime toujours la volonté d’un peuple de se débarrasser d’un régime fascisant aux pratiques barbares, clientélistes, népotiques, affairistes. Il apparaît donc clairement qu’il était motivé par ce noble dessein de mettre un terme définitif au désordre qui trônait au sommet de l’État, manifesté par la concaténation semblant sans fin de coups de force et le contenu de violence parfois inouï qu’ils charrient. Il en résulte qu’il était préoccupé à pacifier le pays, à y imposer le sens de l’ordre, de la mesure, de la justice, en s’érigeant en héraut, pas seulement dans le dire, mais aussi dans le faire, de valeurs radicalement nouvelles, d’une nouvelle culture visant à transformer le Burkinabè, par extension, l’Africain afin de faire de lui, l’acteur majeur de son succès, de sa liberté, de son bonheur, de son élévation.

 

La trajectoire de Sankara comme celle de bon nombre de résistants et nationalistes africains s’est soldée par la tragédie. Sankara pouvait-il échapper à ce destin funeste ?

Thomas Sankara aurait pu échapper à ce tragique destin si ses pairs africains avaient compris le sens et la noblesse de son combat et avaient, pour ce faire, fait siennes les valeurs qu’ils prônaient au nom d’un réveil salvateur de l’Afrique. Sankara ne recommandait qu’un retour à soi-même, à ses principes culturels originaires, aux valeurs du travail honnête, de la justice, de la mesure et de l’ordre comme points d’aiguillage d’un développement autogéré et autocentré. Dans cette logique, à partir de sa Haute-Volta natale, il prêchait dans le sens d’un reformatage des mentalités pour pouvoir obtenir des Africains mentalement et idéologiquement transformés et capables de relever les nombreux défis qui sont les leurs. Mais Sankara, en s’érigeant en chantre de cette nouvelle conception des relations synallagmatiques entre les puissances coloniales et les États africains, en remettant en cause la mouture coloniale, par son penser et son faire, des échanges entre l’Afrique et l’Occident, dérangeait énormément et était perçu par ses pairs, hérauts du système françafricain et néocolonial, comme un véritable iconoclaste susceptible de mettre en péril par ses idées novatrices, leurs intérêts séculaires.

En effet, Thomas Sankara, adulé par les peuples africains pour les modèles d’intégrité et de dévouement qu’il promouvait à travers ses faits et gestes, indisposait sérieusement ses pairs africains craignant d’être rejetés dans la poubelle de l’Histoire en raison de leurs nombreuses turpitudes et les détournements récurrents de deniers publics et privés par lesquels ils s’illustraient. En dehors de l’Afrique, il troublait le sommeil des puissances internationales à cause de la lutte acharnée qu’il menait contre l’impérialisme occidental et de son non-alignement pendant la période de la guerre froide. Comme Lumumba, il fallait rapidement l’effacer politiquement ou, au besoin, l’occire afin d’éviter que ses idées révolutionnaires ne fassent école dans les États voisins. Sankara se savait donc condamné à mourir et il l’a maintes fois signifié à des journalistes lors d’interviews et des proches. Mais, dans les atours de Zarathoustra, c’est-à-dire en homme courageux, déterminé et obstiné à mener à bon port son projet d’une Afrique nouvelle, digne et libre, il n’a pas fléchi, encore moins rétropédalé jusqu’à son assassinat le 15 octobre 1987 dans des conditions vraiment horribles.

 

Doit-on cependant emprunter le même chemin quand bien même la lutte contre l’impérialisme semble être vouée d’avance à l’échec au vu des intérêts en présence ? Doit-on renoncer de marcher dans les pas de la quête de la dignité ?

Absolument pas ! Le salut de l’Afrique, son développement ne sont pas dans la résignation, c’est-à-dire dans l’acceptation lâche et ignominieuse de sa condition de dominée, de serve, mais dans le combat quotidien pour se dégager définitivement du joug néocolonial et ainsi retrouver sa liberté et sa dignité encagées depuis des siècles. Il ne faut point reculer devant les intrigues occidentales, leurs orchestrations machiavéliennes de division et de sabotage des États africains en y secrétant cyniquement les germes de conflits meurtriers pour ainsi sauvegarder leur mainmise sur leurs pré-carrés et continuer de façon pérenne leur politique d’exploitation des ressources générées par le sol et le sous-sol africains.

Toutefois, le capitaine Sankara, quoiqu’ayant perdu la vie sous les balles assassines de frères d’armes instrumentalisés, est resté confiant et convaincu jusqu’à ce que le souffle de vie lui soit brutalement et lâchement arraché, d’avoir réussi à graver dans le champ psychique de la jeunesse africaine et même de la postérité en comptant bien entendu sur le relais et la diffusion de son combat via des publications scientifiques, des idées, valeurs et postures mentales à jamais ineffaçables, et que plus jamais, plus personne, aussi douée scientifiquement, technologiquement, culturellement et même militairement, ne pourra se jouer impunément et à peu de frais du peuple burkinabè, a fortiori du peuple africain dans son ensemble, les réifier, leurs infliger des traitements inhumains, piétiner, bafouer leurs cultures, jouir indûment de leurs ressources comme c’était d’antan la règle. L’espoir est donc permis.

 

Sankara a fait avancer la condition de la femme en Afrique, soutenez-vous dans le livre. Un commentaire sur sa politique en faveur des femmes ?

Effectivement, dans le système sankarien, la femme joue un rôle basal, vu l’éminence de son rôle dans l’équilibre familial. Il s’est donc vertement dressé contre toutes les injustices faites à la femme tirant leur substance de la tradition, de préjugés culturels fortement enracinés reléguant la femme à inaugurer les chrysanthèmes, à de seconds rôles qui lui sont naturellement dus selon ce schéma sujet à caution.

Sankara a donc œuvré de manière à installer la femme dans le rôle qui devait être le sien mais non reconnu par les systèmes phallocratiques, machistes qui ont précédé sa révolution à la tête de l’État voltaïque (burkinabè). En conformité avec sa philosophie qui priorise l’action devant matérialiser le penser et le dire, Sankara va proscrire systématiquement l’excision, procéder à une réglementation des unions polygamiques de manière à tuer dans l’œuf les velléités d’union forcée, investir des femmes totalement inconnues des plus hautes charges dans le gouvernement, ainsi que dans les organisations politiques, imposer la mixité des formations militaires incluant désormais la femme jusqu’aux plus hauts niveaux de responsabilité, opérationnaliser des campagnes d’échange et d’informations sur la distribution des travaux ménagers. Il apparaît donc clairement que le capitaine Sankara, contrairement à ses pairs africains, accordait une place essentielle à la femme dans le processus de développement du Burkina Faso et souhaitait, par cet exemple, impacter les autres schémas politiques de régence sur le continent ignorant royalement la femme dans les instances de décision.

 

En quoi le modèle d’homme d’Etat incarné par Thomas Sankara dans votre livre peut-il inspirer positivement la jeunesse africaine ?

Je l’ai souligné plus haut, Sankara était certes militaire, mais un officier doublé d’un intellectuel hors pair qui s’intéressait à la fois à la sociologie, aux sciences politiques et diplomatiques, au journalisme, à l’art (il était musicien guitariste), à la littérature (un véritable bibliophile qui dévorait des ouvrages entiers). Fort de ses connaissances livresques et des observations qu’il a pu faire, il s’est très tôt rendu compte que la domination occidentale est fondamentalement culturelle. Il a donc compris que c’est bien là qu’il fallait ancrer cette tâche à la fois importante et délicate de reconquête de notre être en éveillant les consciences africaines à cette nécessité d’un retour à soi-même, à nos valeurs culturelles qui sont loin d’être détestables, de vivre de manière authentiquement africaine, de se regarder en face, de ne pas avoir honte de soi-même et d’une mutualisation des efforts aux plans politique, économique et culturel ; rhétorique que nous retrouvons dans la pensée négrutidienne, l’idéologie panafricaine puisque Sankara inscrivait son œuvre dans une logique d’achèvement ou de parachèvement d’une lutte initiée depuis des décennies par des prédécesseurs trop tôt disparus pour certains, notamment Léopold Sédar Senghor, Léon-Gontran Damas, Cheickh Anta Diop, Patrice Lumumba, Amilcar Cabral. Comme le disait Sankara lui-même, la domination culturelle est la plus douce, mais la plus efficace et plus apte à renverser un gouvernement sans recourir aux armes.

C’est à ce niveau que ce discours qui a été diffusé par Sankara et le modèle d’homme d’État qu’il a incarné sont plus qu’utiles à la jeunesse africaine, une jeunesse particulièrement orientée vers l’extérieur et ses paradigmes, esclave de la culture et de la civilisation occidentales au point de renier ses valeurs propres pourtant très riches et sa couleur dermique. C’est l’homme noir qui s’affuble d’un masque blanc (Cf. Peau noire, masques blancs de Frantz Fanon) et qui copie servilement, singe le mode de vie bon ou mauvais de l’homme blanc (Cf. La natte des autres de Joseph Ki-Zerbo). Et pourtant, l’Afrique a besoin de se développer, de connaître le progrès. Cette mission ne peut être conduite à bon port que par une réappropriation de nos valeurs, la prise en compte de notre culture, notre Weltanschauung, l’exploitation sur place de nos richesses autorisant une économie autocentrée et autogérée. Cette tâche incombe à la jeunesse devant résolument s’aliéner dans les valeurs du travail à l’effet de conduire le continent vers des destinées meilleures. Thomas Sankara, en s’appuyant sur l’œuvre d’illustres prédécesseurs, en a tracé les sillons en s’imposant à l’instar du Surhomme nietzschéen comme le prophète d’une nouvelle culture, d’une nouvelle race d’individus à fabriquer. Il appartient à la jeunesse de les suivre, de les exploiter à bon escient.

 

Pourquoi devons-nous livre ce livre ?

Ce livre mérite d’être lu parce qu’au-delà de son aspect historico-politique, il laisse voir ce héros africain, cette figure emblématique de la lutte postcoloniale sous un angle resté inexploité jusqu’à la parution de cet essai : le sankarisme comme sujet philosophique, c’est-à-dire la portée philosophique de l’œuvre ou du projet sankarien.

En effet, appréhendé philosophiquement, cet homme exceptionnel qu’a été le capitaine Sankara est un conglomérat, une constellation de valeurs hautement philosophiques car, en son être, son penser et son agir, nous retrouvons magnifiées, célébrées les valeurs de la fidélité, de la vaillance, de l’humanisme, de la vérité, de la justice, de l’honnêteté, de la liberté, de la dignité, de l’effort, du travail et de l’être, de l’assomption de la mort comme l’autre de la vie. Sankara était tout cela à la fois sans pour autant être un démiurge encore moins Dieu.

Il s’agit donc d’un regard nouveau sur Sankara qui tranche d’avec tout ce qui a été dit ou conçu jusque-là sur lui. C’est d’ailleurs pourquoi je me suis permis ce parallèle avec le Zarathoustra nietzschéen, ce messie, prophète d’une nouvelle culture, cet homme du marteau, cette dynamite qui ouvre des voies, celles de l’espoir, de l’affranchissement véritable et de l’épanouissement réel au moyen de l’effort et du travail personnels. Il y a donc de réels intérêts à tirer de la lecture de cet essai qui se veut une modeste contribution à ce mouvement de valorisation ou de revalorisation de nos héros africains, nos valeurs culturelles, nos visions du monde et une ingénieuse invite à l’exploitation de nombreux thèmes d’écriture volontairement ignorés dont foisonne pourtant notre cher continent qui a besoin d’être davantage connu à travers ses nombreuses richesses multisectorielles, ses valeureux hommes.    

Interview réalisée par Macaire ETTY