UNE LECTURE DE LES AVENTURES DE JOHN KOUTOUKOU (DRAP A ONMAGEPAS 1) DE BENJAMIN KOUADIO


John Koutoukou poursuit, sous les valses du crayon de Benjamin Kouadio, son odyssée. Le titre de l’épisode de la série LES AVENTURES DE JOHN KOUTOUKOU cette fois-ci est DRAP A ON MAGEPA VILLAGE (Première partie) paru chez Les Studios Kbenjamin

I.                  L’INTRIGUE

John Koutoukou est en mission dans un village avec un compagnon en vue de mener une campagne de sensibilisation contre le VIH au nom du Comité National Contre le SIDA. Sur la place publique, John Koutoukou dans une longue tirade interrompue par des interrogations et autres petits incidents, aborde les différentes facettes de la problématique la pandémie du siècle. Il s’agit pour lui de faire prendre conscience du danger lié au VIH et le virus d’EBOLA et amener la population à prendre des mesures de prévention. Le discours est clair, les réponses aux questions sont limpides. Notre héros maîtrise le sujet, il est dans son rôle d’éveilleur de conscience.

II.  LES PERSONNAGES

- JOHN KOUTOUKOU, l’indécrottable partisan de Bacchus a fait sa mue depuis belle lurette. Il est, lui l’éveilleur des consciences endormies, maintenant à la disposition du peuple pour la défense des causes nobles. Lucide et serein, il a rapidement la sympathie du lecteur. On le reconnait par son chapeau frappé de du sigle de son nom « JK ».

- NANWLE : Tel est le nom du chef du village. Il joue bien son rôle de relai entre le gouvernement et la population. Malgré quelques perturbations lors de sa prise de parole, son autorité est intacte. Le sauve-qui-peut auquel il n’a pas échappé rogne sournoisement son image de chef. Mais cela participe à l’humour que recherche l’auteur.

- FILO : Le prototype de l’intellectuel de brousse. Dans un cadre rural, il attend s’affirmer par tous les moyens. Son discours est pompeux, discourtois. Contestataire et souvent grotesque, il est souvent ridiculisé voire humilié.

- LA POPULATION VILLAGEOISE : Elle est composée de toutes sortes de personnes : des garnements incontrôlables, les grognons, les contestataires, les complaisants…Cette population se distingue par sa naïveté et sa formidable chaleur.

- AUTRES ACTANTS : Les animaux du village ne sont pas passifs. L’artiste les convoque dans l’animation des lieux. Ils jouent un rôle essentiel dans la dimension comique et humoristique de l’histoire. Ils font partie à la fois du décor et de la vie du village.

III. LA LANGUE

Benjamin Kouadio, comme dans tous ses albums, capte avec intelligence l’atmosphère du lieu qu’il décrit. La langue oscille entre le niveau médian, le niveau relâché et le nouchi, selon le personnage qui prend la parole ou l’effet qu’il veut produire sur le lecteur. Dans les cartouches et les bulles se découvrent les différents niveaux de langue. Les onomatopées très présentes sur les planches constituent un trait caractéristique du style de Benjamin Kouadio.

IV. LES TONALITES

Trois tonalités dominent cet album : l’humour, le comique et le réalisme. Le rire et le sourire sont évidemment au rendez-vous. L’humour repose sur la participation des animaux domestiques à l’ambiance du village et les écarts de langage souvent entretenus. La fébrilité du compagnon de John Koutoukou qui se croit dans un village de cannibales et la débandade des villageois provoquée par un malentendu, participent au comique.

V. LES IMAGES

Vingt-huit planches constituées d’un nombre différents de bandes et de vignettes. Le blanc et noir n’entament aucunement la lecture des dessins ; Etres humains et animaux, par la magie du crayon du bédéiste, sont mis en relief et en mouvement pour donner force au message central de l’album. Soucieux de tourner en dérision un personnage, l’artiste a recours à la caricature en tirant sur certains traits : le ventre, les lèvres, les dents…


Benjamin Kouadio démontre une fois encore par cet album que la bande dessinée qui a l’avantage de manier écriture et image, littérature et dessin, est un puissant moyen de sensibilisation. Amuser tout en éveillant les consciences, tel semble être le crédo de ce bédéiste ivoirien.