Décryptage de « MES SAINTES COLÈRES » de Macaire ETTY

Un livre qui ne vous collera la paix qu’une fois le dernier vers bu… et encore !
Macaire, dans « Mes saintes colères », trempe sa plume dans le sang, les vomissures, la bave, les déjections et sécrétions de tous les carrés de terre en souffrance. Le poète, « frère-fondamental » de tous les hommes, dépose sous nos yeux, par un effet de zoom réussi, nos misères-inconséquences qui fondent ses « saintes colères ». Nul besoin d’une autorisation préalable ou d’un consentement social négocié qui trahirait l’authenticité de ces colères. Sa colère, multiforme, il l’habite comme une terre non choisie qui pousse au cri. Mais son cri affiné parle la langue de la poésie devient un poing serré à l’assaut de tous les outrages.
Le rythme se fait percussion : « La faim est une fin Un train sans frein Un malin lutin Dont le clin d’œil Contraint au destin de l’assassin » Les images n’ont cure de l’avarice ! « Et d’une fermeture-éclair Je mettrai point final Au mandat des fentes velues Ouvertes à tous les nerfs » Images et rythme associés donnent des pensées bien frappées retentissant comme des aphorismes : « Quand le sommet n’a d’horizon Que sa belle bedaine La jeunesse déboussolée Invente le paradis de l’ailleurs »
Car je le sais
Revenu à moi au bout de ce long poème, j’ai cru y avoir perçu un drame en trois R. Les Raisons motivant la colère. La montée par paliers de la Rage qui explosera en un triple refus viril : « NOOOONNNNNNNN ». Enfin, le Repli vers la « terre originelle » du poète, sans doute pour mieux fourbir les armes, face à la démission des maîtres et des bergers, galopant vers « des billets souillés ». Une épigraphe, au fronton des « Saintes colères », rappelle aux artistes le péril que leur démission ferait courir au monde. L’excipit de ce beau poème de Macaire Etty est une profession de foi intraitable : « Le courage ne me quitte pas Je suis sur le chemin Je l’emprunterai sans regret Je l’emprunterai même seul »
On n’a donc pas fini d’entendre et de lire Macaire Etty… fort heureusement. Une plume sûre, qui, pour moi en tout cas, reste l’une des meilleures de ce pays… et bien au-delà.

Joel OURA