LITTÉRATURE, DÉMOCRATIE ET POUVOIR

Admiration, respect et reconnaissance vont à l'association des écrivains du Sénégal AES, aux autorités sénégalaises et à tous les organisateurs des différentes éditions de la journée internationale de l'écrivain africain. Particulièrement au président Alioune Badara Beye et son équipe pour cette 26e journée qui, je pense, comme du bon lait caillé, devient une crème onctueuse et délicieuse, avec le temps, a tenu toutes ses promesses. Respect et chapeau bas, 
Monsieur le président. Vous êtes un homme d'exception. Merci monsieur le président. Vous reconnaissez chaque participant. Vous avez une attention et une parole caressante pour chacun en particulier, qui nous fait nous sentir précieux. Dieu vous donne une vie pleine et heureuse.

Monsieur le président Alioune Badara Beye, vous qui êtes pratiquement dans le secret des dieux ou près de l'un des dieux qui gouvernent nos pays africains, veuillez plaider auprès du président Macky Sall, la cause des écrivains des autres pays. Afin qu'il intervienne auprès de chacun de ses pairs, pour que les écrivains de leurs différents pays soient logés à une meilleure enseigne.

Le thème sur lequel je dois, comme les autres confrères et consœurs, me prononcer au nom de l’AECI est : « LITTÉRATURE, DÉMOCRATIE ET POUVOIR ».
Dans le contexte de nos sociétés modernes en crise, marquées par un total bouleversement des moyens de production et des mutations profondes de la vie communautaire, la littérature rend compte des choses et des faits et se pose ainsi comme un indicateur efficace du monde tel qu'il va. Il n'y a donc pas une littérature en dehors de la vie, qui serait l'apanage de quelques rêveurs illuminés. Le fait littéraire est bel et bien partie prenante de la vie, qui convoque dès lors les grands enjeux de nos sociétés. La corrélation entre LITTÉRATURE, DÉMOCRATIE ET POUVOIR est donc pertinente. L'écrivain fonctionne en effet comme une sentinelle dont le rôle est de veiller à la mise en œuvre du projet politique dans l'intérêt des populations. Son camp, c'est en effet celui des masses laborieuses. "Bouche de ceux qui n'ont point de bouche ", selon la formule de Césaire, il est un "adjuvant d'idéal ". 
L'oeuvre littéraire est ainsi un contre-pouvoir de la force politique qui serait trop avide et trop radicale si le regard des intellectuels n'avait pas existé. Dans l'histoire de la littérature africaine en général et ivoirienne en particulier, les voix des écrivains montent toujours pour attirer l'attention du politique sur les dérives consubstantielles à l'exercice de l'autorité politique. Notre compatriote Ahmadou Kourouma, auteur de Les soleils des indépendances et figure forte du roman africain d'après les indépendances en est une preuve. A sa suite, il existe en Côte d'Ivoire une tradition de la parole littéraire qui s'engage. Je citerai Jean Marie Adiaffi, Bandaman Maurice... Par ailleurs, avec l'avènement de la nouvelle génération de créateurs, la littérature ivoirienne est enrichie de voix nouvelles qui continuent de stigmatiser les dérives d'un pouvoir politique en proie à bien des incartades. Les écrivains ne critiquent pas pour critiquer. Ils proposent une autre voie et rendent d'autres perspectives possibles. La démocratie est ainsi disséquée par eux dans ses valeurs profondes mais aussi dans les écueils qui en contrarient la mise en œuvre chez nous. 

Au total, les écrivains sont les voix du monde. Sans renoncer au projet esthétique qui demeure la première motivation de tout projet artistique, ils ne peuvent et ne doivent pas fermer les yeux sur les préoccupations de leur temps. Les politiques ont certes la mission régalienne de conduire le destin des peuples mais les écrivains ne sont jamais loin pour attirer leur attention sur ce qui ne va pas. Ils sont ainsi comme les griots de nos sociétés anciennes ou encore comme les précepteurs qui devaient éduquer les princes à l'exercice de leur fonction. Il est vrai que des récriminations anciennes contre la prise de position des artistes dans le champ politique sont toujours d'actualité. Nous sommes conscients que l'écrivain ne doit pas sacrifier son art à des enjeux platement utilitaires. Mais quand le pouvoir tend à étouffer le peuple et que la démocratie est en péril, l'écrivain serait coupable de non-assistance à personne en danger s'il détourne le regard.