"UN PRÉSERVATIF AU COUVENT" de Brice Konink : Un univers violé ! (Macaire ETTY)

L’entrée dans la famille des porteurs de plume est un privilège pour tous les amoureux des belles lettres. Et ce baptême de feu est, pour la plupart, une aventure malheureuse. Le monde des lettres est exigeant et tyrannique. Seul un livre écrit avec sérieux, porté par une écriture originale et captivante s’inscrit dans la durée. Les navets sont broyés, éjectés sans autre forme de procès.

UN PRESERVATIF AU COUVENT est la première publication de Brice Konink. Ce recueil de nouvelles n’est certes pas une écriture de haut vol, mais il mérite l’attention du lecteur. Par sa générosité d’abord. Il offre aux lecteurs douze nouvelles variées alors qu’avec la moitié, il lui était possible de publier son livre. Ensuite, ces histoires tirent leur substance dans les faits sociaux qui rythment le quotidien de l’Afrique actuelle - un terreau de sujets et de problématiques. Enfin, cette œuvre, son auteur donc - par son style de narration et d’écriture, cette volonté d’émouvoir par des images et des constructions phrastiques plaisantes - peut se vanter de l’étiquette « littéraire ».

Cette quête de littérarité transparaît dans le choix du titre du recueil – un oxymoron - qui sonne comme une violation voire un viol. Il y a comme une rupture dans les convenances sociales, un écart par rapport à la norme morale. Le préservatif qui évoque des rapports sexuels n’est pas un objet courant dans un espace moralement codé comme le couvent, lieu de chasteté et d’abstinence. Le titre, qui est la porte d’entrée de l’œuvre, nous donne un avant-goût – goût d’oseille et de citron - de ce qui nous réserve le contenu. Ce recueil de nouvelles donc, comme l’annonce la structure antithétique de son titre, nous plonge dans un univers troublé, dérangé par toutes sortes d’infractions : violation du droit d’héritage, violation des interdits religieux, violation du droit d’aimer, violation des lois républicaines, violation de l’obligation de chasteté, etc. Ces différentes violations trouvent leur point culminant dans le détournement de mineure perpétré par un enseignant sur la petite Awa. La nouvelle titrée « Maman mineure » finit de nous convaincre que le but de notre auteur est de débusquer toutes les déviations et tares qui fragilisent nos sociétés. La quête de l’argent facile (Au nom du Dieu argent), du plaisir impie, de raccourcis miséreux et autres « jouissances paresseuses » (une formule de Tiburce Koffi) est à l’origine d’un dérèglement des fondements même de la société.

UN PRESERVATIF AU COUVENT de Konink, en somme, reflète un monde moralement et spirituellement en déliquescence. La seconde édition sera une occasion de délester le recueil de quelques fautes malheureuses qui ont pu échapper à la vigilance de l’auteur et de son correcteur.

Macaire ETTY

* Brice Konink, Un préservatif au couvent, nouvelles, JD éditions, 2019