DES MOTS SUR "QUAND LES LUCIOLES FLEURIRONT LA NUIT" de INZA BAMBA


A l’invitation d’un banquet, on ne peut  - si ce n’est pour des cas de force majeure - répondre que positivement. Et ce, pour au moins trois raisons.

D’abord, le choix porté sur votre personne est la preuve que l’initiateur ou l’organisateur vous porte en estime. Ensuite, les préparatifs d’un banquet exigent des moyens conséquents qu’il ne faut pas minimiser. Enfin, il n’est pas décent dans notre société policée de refuser d’aller à un banquet auquel on a été convié. Ce serait un signe de manque de savoir-vivre.

Dans la bible, une célèbre parabole de Jésus-Christ campe magnifiquement la situation. Un homme riche organisa un banquet faste. Aucun de ses invités ne se présenta. Tous avancèrent un prétexte pour ne pas y venir. Désabusé, le crésus envoya ses valets aller chercher les estropiés et les mendiants qui pullulent les rues afin que sa maison soit pleine et que le repas soit consommé.

Etre sollicité pour commettre la préface d’un livre est une invitation à un banquet. Un banquet de mots, d’idées et d’émotions. L’amoureux des choses de l’esprit que je prétends être ne pouvait pas se dérober. Et surtout lorsque l’amphitryon porte le charmant nom de Inza Bamba, une plume aguerrie qui sait parler au cœur et à l’esprit. Ce serait faire injure à la pensée, si pour contourner mon refus, Inza comme le Maître susmentionné, ouvrait sa porte, par dépit, à un invité de dernière minute, c’est-à-dire à un préfacier par défaut.

Je dois dire que j’ai eu raison de me pointer à cette agape. Il y avait à boire et à manger – que dis-je ? – il y avait à s’émouvoir et à haleter sur les pages de Quand les lucioles fleuriront la nuit.

Les cinq nouvelles qui structurent ce recueil exploitent des séquences de vie cueillies à des moments de malaise et de déséquilibre. A quoi bon de narrer des itinéraires lisses et sans rigoles ou de relater des histoires sans court-circuit et grincements ? La littérature, la grande littérature, se nourrit de vies qui s’embarrassent, de rires qui s’estompent, des parcours qui se brisent. C’est à cette condition seulement qu’elle s’inscrit en encre indélébile dans les esprits. A noter : La littérature universelle porte les marques d’un monde en crise à tous les niveaux.

Le recueil de Inza Bamba est un livre qui fait la part belle aux crises dans les foyers et les rapports interpersonnels. Il ne s’agit pas de petites anecdotes d’amour pétrifiées dans des livrets destinés à nourrir des rêves de jeunes filles et jeunes hommes. Nous sommes à travers les pages de cette œuvre dans un univers de convulsions et de questionnements. L’auteur, par des mots domptés, va au fond des choses, il nous livre la psychologie des personnages comme des cas cliniques à étudier.

De la première nouvelle « Le meurtre de l’innocence » jusqu’à la dernière « Le cauchemar de ses rêves», nous sommes sur la piste de personnages ébranlés, qui se battent, chacun à sa manière pour retrouver, souvent vainement,  un certain équilibre. Que recherchent le narrateur amoureux d’Edwige, Tarik qui veut inscrire le nom de Matenin sur son tableau de chasse et le couple en crise réconcilié par leur amour d’un chien si ce n’est un instant de quiétude, de paix intérieure même fragile ?

Nous sommes également dans le monde de la folie, de l’égoïsme et des apparences. Entre l’égoïsme de cette femme de la première nouvelle et la terrible duplicité de Matenin de la cinquième nouvelle, le lecteur ne peut que se résoudre à dire lui aussi : « Allah ne connait pas les femmes ».

Dans ce recueil, Inza Bamba confirme son talent de prosateur confirmé. Il sait atteler les mots avec aisance en déchargeant d’une manière délicieuse les phrases de leurs lourdeurs. Avec lui, tout est dit et si bien dit qu’on est tenté de croire que cela va de soi. La langue est dépouillée, le style est incisif et vivant. Aucune place pour l’ennui. Toutefois, il faut le dire tout net : ça, on le sait déjà depuis son roman Le bonheur est une métaphore. Ce qu’il y a de nouveau ici c’est lorsque le narrateur se fait philosophe. Il aménage des pauses pour offrir au lecteur des réflexions et des aphorismes lourds de sens.

Morceaux choisis :

« Certaines vérités cruelles doivent être sues. Il est des douleurs qui libèrent. Le silence souvent empoisonne la vie. La première condition pour tourner la page, c’est de savoir toute la vérité. Un être qui n’a pas toutes les clés en main ne peut pas accéder à la liberté» (P21).  « La beauté est un privilège qui ne relève d’aucun mérite. On l’a ou on ne l’a pas» (P34).

Quand les lucioles fleuriront la nuit, ce recueil de nouvelles, est la preuve qu’autant dans le parvis du roman ou que dans celui de la nouvelle, la plume de Inza Bamba sait se faire respecter.

Le banquet est ouvert. Vous y êtes tous invités. Notre hôte y a mis le meilleur de lui-même.

 

Macaire ETTY