INTERVIEW/ MACAIRE ETTY, NOUS PARLE DU PROJET D'UNE TABLE RONDE L'AECI



Macaire ETTY, le Président de l’Association des Écrivains de Côte d’Ivoire (AECI) est en plein cœur de l’exécution de son programme d’activités 2019 – 2020. Depuis le début de son second mandat, quatre activités ont déjà vu leur réalisation validée, d’autres sont à venir, au nombre desquelles, une table ronde sur le rôle des Intellectuels en période de crise le 16 novembre prochain. Dans l’entretien qui suit, le Président des Écrivains s’exprime sur le bien-fondé de cet événement hautement culturel qui approche à grands pas.   

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MONSIEUR MACAIRE ETTY, APRÈS LA PUBLICATION DU RÈGLEMENT DU PRIX RÉGINA YAOU, APRÈS L’ATELIER SUR LA CORRECTION D’UN MANUSCRIT ET CELUI SUR LA RÉDACTION D’UNE NOUVELLE, L’AECI MET LE CAP SUR UNE TABLE RONDE ; CELLE DU 16 NOVEMBRE PROCHAIN, ELLE EST RELATIVE AU RÔLE DE L’INTELLECTUEL DANS UN CONTEXTE DE CRISE. QU’EST-CE QUI MOTIVE L’ORGANISATION D’UN TEL ÉVÉNEMENT ?

Il est connu que notre pays traverse une crise sans précédent. Dans un tel contexte la voix des intellectuels quand elle existe est couverte par les clameurs. Elle n’est pas toujours entendue. D’aucuns pensent même que cette voix n’existe pas si ils n’accusent pas les intellectuels de ne pas jouer leur rôle d’éclaireurs. Mais en fait qui sont les intellectuels ? Sont-ce les écrivains ? Sont-ce les universitaires ? Suffit-il d’être instruit pour mériter le titre d’intellectuel ? Cette table ronde vise à recadrer les choses. Nous entendons des panélistes qu’ils déconstruisent la figure de l’intellectuel afin que tous soient éclairés sur son véritable rôle. Cette table-ronde, comme vous le voyez, est un prétexte pour donner la parole aux écrivains et universitaires, qui selon notre vision, doivent être entendus dans un contexte de crise.


 QUELLE EST LA CIBLE VISÉE PAR CETTE TABLE RONDE PRÉSIDENT ?

Cette table ronde vise en premier lieu les écrivains. Ils en sont par le biais de l’AECI les initiateurs et les bénéficiaires. Elle vise également les enseignants, les universitaires, les journalistes et tous sont ceux qui pensent que la prise de parole dans l’espace public doit être organisée afin que la voix des sachants soient plus perceptibles.


PRÉSIDENT ETTY, QUELLES SERONT LES GRANDES ARTICULATIONS DE CETTE JOURNÉE DE TABLE RONDE ?

Cette rencontre qui va célébrer la pensée et les idées va s’articuler autour de trois axes. D’abord le chapitre des allocutions qui est la partie officielle, elle sera vraiment brève. Ensuite, suivra le chapitre de l’intervention des quatre panélistes sous le contrôle et l’animation d’un modérateur. Enfin, le chapitre qui va clore la table-ronde est celui des échanges, par le jeu des questions et réponses, entre le public et les panélistes.


À LA FIN DE CETTE TABLE RONDE, QUELLES SERONT LES ATTENTES DE L’AECI ?

Notre attente est que nous sortons tous de là avec le sentiment d’avoir une idée claire de ce qu’est un intellectuel et de son rôle dans la cité. Cette table-ronde est le début d’une série de rencontres de ce genre. L’AECI va initier d’autres débats en rapport avec des sujets de divers intérêts.


À LA LECTURE DE VOTRE THÈME, NE SERAIT-ON PAS TENTÉ DE PENSER QUE C’EST SEULEMENT DANS UNE PÉRIODE DE CRISE QUE L’INTELLECTUEL A UN RÔLE À JOUER ?

Le penser ainsi c’est prendre un raccourci. Un sujet formulé de cette façon répond au besoin de circonscrire le débat afin de ne pas aller dans tous les sens. Il va sans dire aussi que c’est pendant les moments de troubles et d’ombres qu’il est attendu de l’éclaireur qu’il joue concrètement son rôle pour éviter à la masse le péril, l’abîme.


MONSIEUR LE PRÉSIDENT, SUR LE PROGRAMME D’ ACTIVITÉS QUE VOUS AVEZ TRANSMIS À LA PRESSE CETTE TABLE RONDE NE FIGURAIT PAS. À QUOI EST DU CE RÉAMÉNAGEMENT DE PROGRAMME ?

Il y a eu simplement une reformulation et une précision de l’activité. Le 07 novembre correspond à la journée mondiale de l’écrivain africain. À cette occasion nous avons prévu de célébrer les écrivains couchés notamment le Pr Sery Bailly qui est un animateur incontesté de la vie des idées dans notre pays. Au lieu du 07 novembre, nous avons opté pour le 16 novembre en tenant compte du calendrier de nos panélistes et autres associés de l’évènement.  Cette table ronde marque la célébration de la journée mondiale de l’écrivain africain qui est bien inscrite dans notre programme. Elle est placée sous le sceau d’un hommage à tous les écrivains disparus ces dernières années.


AVANT QUE LES INTELLECTUELS NE JOUENT LEUR RÔLE DANS CETTE CIRCONSTANCE, NE FAUDRAIT-IL PAS EN TOUT PREMIER LIEU QUE CE RÉGIME GARANTISSE LA LIBERTÉ D’EXPRESSION ?

Le rôle des intellectuels, selon la sublime formule du Pr Jean Marie Kouakou est de dire, celui des politiques est de faire. À vous entendre, c’est comme si les intellectuels doivent se taire, croiser les bras et attendre que la liberté d’expression leur soit au préalable garantie avant de s’exprimer. À ce rythme l’on risque de ne jamais parler. Bernard Dadié dit que le pays où l’on ne parle pas est un pays mort. Il faut savoir que toute liberté s’arrache. Et puis, qui vous a dit que la liberté d’expression est confisquée dans ce pays ?  À nous de nous exprimer, à nous de rompre le silence. Même si les médias publiques ne donnent pas la parole à tout le monde, il revient aux écrivains et autres personnes de se donner les moyens de s’exprimer, de créer eux-mêmes des espaces d’expression. Le livre que nous écrivons est un espace d’expression. Et aujourd’hui facebook a démocratisé la prise de parole. Seulement quel que soit le lieu, il faut éviter de tomber sous le coup de la loi.


AU NOMBRE DES PANÉLISTES, FIGURE TIBURCE JULES KOFFI, JOURNALISTE, DRAMATURGE ET ÉCRIVAIN BIEN CONNU, QU’EST-CE QUI A MOTIVÉ LE CHOIX DE CETTE PERSONNALITÉ CULTURELLE ?

Pourquoi vous ne posez pas la même question pour tous les panélistes ? Tiburce Koffi est un écrivain confirmé qui a commis des livres, des essais par exemple, qui à mon avis, constituent un engagement digne d’un intellectuel. Ses ouvrages « L’agonie du jardin » et « Le mal-être spirituel des Noirs » sont une formidable prise de parole intellectuelle. Il est incontestablement l’un des Ivoiriens qui participent régulièrement aux débats d’intérêt national dans ce pays.


CERTAINES PERSONNES ESTIMENT À TORT OU À RAISON QUE C’EST JUSTEMENT LES INTELLECTUELS QUI CRÉENT LES CRISES DANS LES ÉTATS. ILS SERAIENT DONC PYROMANES D’ABORD ET POMPIERS ENSUITE. QUE LEUR RÉPONDEZ-VOUS ?

C’est tout l’intérêt de la table ronde que vous relevez là. Cette accusation est-elle vraie ? Que valent les intellectuels au sein des partis politiques ? Sont-elles des lumières ? Sont-ils d’ailleurs écoutés ? Qu’est-ce qui les guide en acceptant de se mettre au service d’un parti politique qui a ses règles et ses codes ? Voici autant de questions qui seront débattues, je le pense, lors de cette rencontre qui promet.


EN CENTRAFRIQUE, UNE INTELLECTUELLE, CATHERINE SAMBA PANZA, A PESÉ DE TOUT SON POIDS POUR ÉVITER À SON PAYS UN EMBRASEMENT, MAIS CES EXEMPLES AU FÉMININ NE FOISONNENT PAS ET CE NE SONT PAS LES FEMMES INTELLECTUELLES QUI MANQUENT CHEZ NOUS. VOTRE COMMENTAIRE LÀ-DESSUS.

Cette femme est plus une militante des droits de la femme qu’une intellectuelle. Par ailleurs, pour qu’elle puisse peser de tout son poids, il a fallu que Catherine Samba Panza soit élue présidente intérimaire de ce pays. C’est à ce poste qu’elle a pu agir. Sans cela, je ne pense pas que sa voix soit entendue. La femme est capable d’exploit, mais il faut la mettre dans une situation favorable pour qu’elle déploie ses talents.


SOUS NOS CIEUX, EN PÉRIODE DE CRISE LES FEMMES INTELLECTUELLES SONT TRÈS PEU VISIBLES. QUELLE PEUT-EN ÊTRE LA CAUSE ET COMMENT LES INCITER À JOUER CE RÔLE D’INTELLECTUEL POUR LEQUEL ELLES ONT ÉTÉ FORMÉES ?

Tout problème lié à la femme est inséparable de ce que Constance Yaï appelle les traditions-prétextes. Avant que la femme intellectuelle ne soit visible, il faut faire évoluer les mentalités ; il faut la sortir de certains cancans. Lorsque Jacqueline Oblé a été candidate à la présidence de la république, des délégations ont été constituées pour aller la prier de se retirer de la course sous prétexte qu’elle est une femme. Avec une telle mentalité, il faut comprendre que la situation de la femme est complexe. Mais les choses évoluent, lentement mais sûrement. Tanella Boni et Véronique Tadjo, deux universitaires et écrivaines, qui, pendant la crise, ont eu à s’exprimer sur différents espaces, sans faux fuyant, lorsqu’elles sont sollicitées. Je pense que nous devons songer à leur donner de plus en plus la parole. Et Pourquoi ne pas organiser une table-ronde dans ce sens ? Nous allons aviser.

Entretien réalisé par SOUSSOY d’Ébène